Indifférence


Différence.
Une culture engendre de plus en plus de différences. Mais déjà elle ne se constitue qu'à partir d'une concentration de différences. A l'origine des multiples cultures historiquement apparues il y a cette condition nécessaire bien que non suffisante de quelque chose comme une `oasis' de densité humaine, le long d'un fleuve nourricier, par exemple, ou bien dans une plaine fertile. Toute culture est inséparable d'une agriculture qui sédentarise une concentration humaine croissante. Aucune grande culture ne s'est constituée sans céréale, ce concentré miraculeux de glucides, de protides et de lipides avec ses sels minéraux et ses vitamines...

Ce milieu humain concentré intègre un maximum de différences personnelles, puisque l'homme est la seule espèce où les individualités se différencient fortement et se différencient d'autant plus fortement qu'ils forment une plus grande communauté. C'est une telle communauté étreignant un maximum de différence qui devient source de culture marquante. Une telle concentration communautaire induit toute une série d'autres diversifications et d'autres intensifications comme par exemple la différenciation des tâches ou la production plus intensive de subsistance. C'est toujours une différence concentrée en même temps qu'une concentration différenciée qui fait ce mélange détonnant provocateur d'humanité.
Derrière l'infini du dire qui surabonde dans chaque espace culturel se tient un Discours aux prétentions totalitaires. Le Discours dominant. Il ne s'explicite que très rarement et pourtant il est omniprésent. Un Discours derrière les discours. Le grand `souffleur' de nos mises en scène. C'est lui qui dicte ce qui est sortable et ce qui ne l'est pas, ce qui est `correct' et ce qui ne l'est pas. Le non-dit est son expression habituelle. Il ne prolifère que derrière les démissions personnelles. Le `on' est son empire.

In-différence. L'énergie ne peut pas être par génération spontanée. Le `mouvement perpétuel' est impossible. Les principes de la thermodynamique sont en effet incontournables.

Le plus parfait des systèmes ne fonctionne pas sans énergie. L'humain — le système vivant d'humanité — moins que tout autre. Se pose dès lors la question: de quelle énergie s'agit-il ? Qu'est-ce qui fait `marcher' l'humain ?

Derrière la multiplicité et la variété des ressources énergétiques de l'humain il faut postuler une dynamique fondamentale. Quelque chose comme une énergie spirituelle, en donnant encore le sens le plus large à `spirituel'. Nous pouvons l'appeler le `souffle'. Ce qui fondamentalement donne énergie à toutes les autres énergies.

Pourquoi, par exemple, l'espérance fuit-elle notre espace ? Un mot suffit pour en désigner la cause profonde. Le non-différence. L'indifférence.

Lorsque lui manque le défi de la grande différence, un monde devient anémique et perd ses résistances profondes. Celle des corps déjà. Mais surtout celle des âmes. Quand manque le souffle. Quand les élans retombent. Quand la parole se vide.