Nature et culture


Il y a ce qui est donné avec la naissance. Il y a ce qui se donne par conquête. Les deux dimensions se recoupent. Les frontières sont indiscernables. L’homme se trouve dans l’impossibilité absolue de faire l’expérience de ce que serait la simple biologie sans l’esprit. L’homme est fondamentale unité physico-bio-psycho-socio-spirituelle. Que l’homme se soit dressé bipède et vertical, ce phénomène est-il naturel ou culturel ? En l’homme la matière est pétrie d’esprit. En l’homme l’esprit embrasse la matière. Sous quelque forme et à quelque niveau que nous tentions de les cerner, déjà la ‘nature’ se manifeste avec un indice de ‘culture’, déjà la ‘culture’ n’est pas sans ‘nature’.

En fait il n’est pas faux de dire que la
culture devient pour l’homme nouvelle ‘nature’. L’essentiel singulier de ‘la’ culture se traduit inlassablement au pluriel. Une très grande variété de cultures particulières surgissent à travers l’espace géographique et le temps historique. Une même humanité se traduit et se réalise de façons différentes. Toute culture est en effet synthèse vivante originale. Elle noue en un tout organique une multiplicité et une diversité de contenus. Elle les intègre dynamiquement en une synthèse totalisatrice et cohérente. La totalité ‘contenante’ devient ainsi plus significative que les contenus eux-mêmes. L’ensemble devient plus que la somme des composants.

Chaque culture articule ainsi de façon originale et différentielle, à la manière d’un langage, les éléments culturels entre lesquels s’instaure une
relation. Comment concevoir cette articulation intégratrice ? Les éléments s’intègrent-ils parce qu’ils ‘fonctionnent’ ensemble, en s’ajustant et se réajustant sans cesse au tout, comme le pensait, par exemple, l’école fonctionnaliste avec Malinowski ? Ne faut-il pas plutôt dépasser une telle approche quasi mécanique et chercher, comme l’ont fait Benedict et l’école thématique, un intégrateur plus spécifiquement humain ? Du côté des buts, des vouloirs, des motifs, du sens, du projet. Quelque chose comme un système de significations, fut-il inconscient, qui régit la ‘configuration’ d’ensemble de l’espace culturel.

Les innombrables cultures
constituées présupposent une matrice constituante. Une matrice commune qui donne naissance à l’humain universel. Que peut-être fondamentalement cette matrice ? Est-elle identifiable avec autre chose que le logos ? Le Verbe archéologique qui engendre l’humain en tant qu’humain. Le
logos anthropogène.