Un champ de tension différentielle
L’intelligibilité est au prix de dichotomies. Il n’y a de pertinence qu’à travers la différence. Mais ces dichotomies doivent à leur tour être relativisées. Car elles n'existent, concrètement, nulle part à l’état pur. Il s’agit plutôt d’essences ou de concepts-polaires au service d’une typologie différentielle créatrice, dialectiquement, d’intelligibilité.

L’indifférence est stérile et insignifiante. L’indifférence tend vers le sens zéro. Le sens est fils de la différence. On peut même affirmer d’emblée que plus est forte la différence, plus fort est le sens. En même temps c’est le sens qui provoque inlassablement la différence. Sans lui, dans la nature, régnerait l’absolue équivalence.
La protestation du sens est identiquement la protestation de la différence. Là où ça ne proteste plus, il n’y a plus de sens. C’est le règne de l’indifférence. C’est en traversant la différence que l’humain se décide.

Affrontement de deux dynamiques contraires. L'une centripète, celle de l'identité, de l'unité, de l'in-différence... L'autre centrifuge, celle de la différence, de la multiplicité, de l'urgence de prendre parti...
Il n’y a pas de valeur qui ne soit fondamentalement exigence de différence. Que serait, en effet, le Bien en soi, le Vrai en soi, le Beau en soi, le Juste en soi... s’il n’y avait pas en face, antagoniste provocateur, le mal, le faux, le laid, l’injuste ?
Une telle dynamique trouve en fait sa raison du côté de la systémique. C'est-à-dire dans différence de potentiel entre une source chaude et un puits froid.