La quatrième dimension


L’authentique possibilité dialectique implique une double ouverture et partant une double rupture. L’une horizontale et l’autre verticale. Ouverture horizontale de l’altérité différentielle. Ouverture verticale de l’altérité transcendante. La première s’ouvre dans la différence entre le ‘même’ et l’ ‘autre’. La seconde s’ouvre dans la différence de la différence, c’est-à-dire  transcendance.


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L’authentique dialectique refuse de se laisser piéger par les totalisations horizontales. Elle connaît un
quatrième terme qui signifie son ex-plosivité permanente.

Une dialectique à deux moments perpétue un mouvement pendulaire. Par exemple la ‘dialectique’ simplement binaire comme celle du ’yin’ et ’yang’ chinois, sans différence verticale et sans troisième terme. Infinie oscillation entre in et ex. Les deux termes se balancent selon une intercompénétrabilité infiniment complexe. Un tel mouvement ne fait que rythmer, de déséquilibre en équilibre et d’équilibre en déséquilibre, l’être éternel.

Une dialectique à trois moments tend vers le bouclage de la boucle. Par exemple la ‘dialectique’ de type hégélienne ou marxiste qui, elle, connaît une différence verticale et un troisième terme. In traverse sa différence ex pour se dépasser dans le cum. Un réel procès d’altérité y est donc possible. Cependant ce troisième terme, même s’il est capable de relancer une nouvelle triade, reste de l’ordre de l’aboutissement. Une plénitude s’y donne dans la synthèse du ’cum’. Le mouvement différentiel reste globalement piégé par l’horizontalité. La transcendance se refuse au profit de la
totalisation.

Seule une dialectique à quatre moments procède dans l’ouvert du dépassement infini. Ainsi la dialectique véritablement totale qui connaît un quatrième terme signifiant son ex-plosivité permanente. 'In' traverse sa différence '
ex' pour se dépasser infiniment à travers le 'cum' vers le 'trans'.

Ce n’est que la quatrième dimension, celle de la transcendance, qui peut conférer à la dialectique sa réelle dynamique, sa dynamique infinie. Par cette quatrième dimension seulement la dialectique devient véritablement dialectique, c’est-à-dire plus qu’un mécanisme simplement rationnel. Ce quatrième moment dialectique est celui de l’Exode in-fini. Ce ‘trans’ ne cesse de faire mal là où l’humain n’arrive à étreindre sa plénitude sur elle-même. Il crève inlassablement l’horizon des euphories immanentes. Sans lui, pourtant, l’authentique humain n’est pas. Car l’homme est l’être en exode qui risque l’autre dans l’incessante négation du même. Libérant la différence. Étreignant la différence. Dépassant la différence.


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Tenir la dialectique jusqu’au bout est à la limite impossible. Déjà le processus dialectique lui-même se trouvera distendu dialectiquement, selon le double héritage, entre une double polarité: l’
ouverture à l’infinie altérité: la clôture dans la totalisation d’identité. Hegel, trop séduit par le système et la totalisation pour garder à la dialectique sa dynamique de rupture et son infinie ouverture d’altérité, succombe finalement à la tentation de la clôture. Clôture de l’identification du réel au rationnel. Clôture de la totalisation en finitude du processus dialectique. La dialectique finalement au rouet du système !

Ce n’est que la quatrième dimension, celle de la transcendance, qui peut conférer à la dialectique sa réelle dynamique, sa dynamique infinie. Par cette quatrième dimension seulement la dialectique devient véritablement dialectique, c’est-à-dire plus qu’un mécanisme simplement rationnel, c’est-à-dire ‘dia-lectique’ au sens absolu qui signifie la traversée de la raison elle-même.

Scandale que cette quatrième dimension et grandeur pourtant ! Par elle, la raison est crucifiée et provoquée au douloureux dépassement d’elle-même. En même temps elle confère l’immortalité à ce qui sans elle est voué à la mort. Paradoxe du trans. Il est simultanément extrême labilité et extrême puissance. A la réalité humaine qu’il affecte, il confère en même temps une singulière faiblesse et une extraordinaire capacité de survie malgré toutes les vicissitudes de l’histoire. L’histoire d’Israël, depuis quatre mille ans, est là pour témoigner.

La dialectique moderne se contente de la première ouverture. Elle fonctionne essentiellement à trois termes: thèse, antithèse, synthèse, cette triade pouvant être répétée et poursuivie de niveau en niveau. Mais même dans cette répétitivité le troisième terme, la “synthèse”, signifie chaque fois l’arrivée à un résultat. Il suffit ensuite de reprendre cette triade. Elle se suffit en quelque sorte à elle-même. La répétition faisant le reste. La synthèse devenant thèse à laquelle s’oppose une nouvelle antithèse, et ainsi de suite. Le processus fait se suivre des différences. Il n’ouvre pas à la différence de la différence.