Deux révolutions


Il faut remonter plus haut dans l’histoire. Deux grandes ruptures ouvrent fondamentalement de nouvelles possibilités humaines. Deux gigantesques révolutions. Et deux seulement ! Toutes les autres s'en nourrissent et s'articulent sur elles. Dix mille ans nous séparent des émergences de la première. Et quatre mille ans des origines de la seconde.

Très schématiquement on peut dire que l'intention essentielle de la
révolution néolithique vise à intégrer l'autre dans le même et à composer le même avec le même. En sécurité. En harmonie. En clôture structurale. La visée essentielle de la révolution judéo-chrétienne, par contre, est de s'exposer à l'autre et à l'autre de l'autre. Courir infiniment l'aventure de l'exode incessant. Risquer la Pâque. En rupture. Dans l'ouvert infini.

D'un côté joue la pertinence des
com-posantes. De l'autre côté celle des ex-posantes. Les `composantes' garantissent les cohérences et les harmonies. Les `exposantes' ouvrent la démesure. La rencontre providentielle entre notre mère païenne et notre père judéo-chrétien fait s'étreindre les maternelles composantes et les paternelles exposantes.

Deux conceptions radicalement différentes de la totalité. Deux visions radicalement différentes de l'homme. Deux espaces et deux temps différents. Deux possibilités de penser et d'agir différentes.

Deux longues séries d'antinomies radicales dont on n'évoque ici que les axes majeurs. Les premières garantissent les cohérences et les harmonies. Les secondes ouvrent la démesure.
L'absolu JE SUIS face à l'absolu IL Y A. La liberté personnelle face à la nécessité naturelle. Le dessein face au destin. L'histoire face à l'éternel retour. La Création face au Cosmos. L'infini face au fini. La démesure face à la mesure. Les extrêmes face au milieu. L'aventure et le risque face à l'harmonie et à la sécurité...

Entre les deux ruptures, une infinie différence. La rupture néolithique est
thétique et joue en horizontalité. La rupture judéo-chrétienne est antithétique et joue à la verticale
. La révolution néolithique dit profondément oui. Elle va de soi. Elle a toute la 'raison' pour elle. La révolution judéo-chrétienne renvoie tout `oui' vers un plus fondamental `non'. Elle est de trop. Elle est `déraison' pour la raison. La révolution judéo-chrétienne n'est pas parallèle. D'une part elle surgit à partir de la révolution néolithique, au cœur de la révolution néolithique. D'autre part elle signifie rupture radicale du mouvement lui-même de la révolution néolithique. Elle est révolution dans la révolution. Bien plus, elle est révolution permanente au cœur même de sa propre révolution.


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