Le pur et l'impur


Une des grandes coupures contemporaines de l’émergence de la différence humaine est celle qui s’opère entre le pur et l’impur. Cette originaire division sacrale de l’être traverse le monde verticalement et marque sa radicale axiologie. Il s’agit là de bien plus que de simples ‘qualités’. Ce sont des forces. Et ces forces sacrales peuvent être activement antagonistes, s’affronter et lutter.

Le pur doit être victorieux. La force sacrale détermine et régit les niveaux ontologiques. Mais cette force est toujours conquête. Sur fond de menace permanente. Il y a un sens qui va de soi tout naturellement, c’est la descente. Déperdition, perte, de la force sacrale. Entropie sacrale identiquement entropie ontologique ! Etonnante perception de la fondamentale entropie du monde ! La remontée ne se fait que grâce à la dynamique sacrale. L’impur prolifère. Il se diffuse avec une facilité incroyable. Il se répand de lui-même, avec facilité, comme une pollution. Le pur se conquiert laborieusement, douloureusement.

Si mythique que soit au départ une telle différenciation entre le pur et l’impur, elle ne porte pas moins en elle l’originaire tension entre ce qui simplement est et son autre par quoi l’humain, négateur de la simple nature, se conquiert l’autre nouvelle nature.

Cette tension sémantique est fondamentalement aussi tension éthique instauratrice de différence sans laquelle le spécifique humain n’est pas. Ouverture du chemin de la différence et de la différence de la différence à l’infini.

Quelle différence entre l’originaire différence entre pur et impur et, à partir d’elle, cette autre différence qui advient, dans la différence, entre faute et péché ! De la honte au remords et au repentir ! Quelle tension différentielle gestatrice de ce que sera l’authentique personne. Dans la différence d’avec la simple individualité encore noyée dans le groupe bio-social.

L’humain n’est possible qu’à travers une crise. C’est le sacré qui signifie cette crise. Irruption de l’autre vertical qui met en croix l’horizontalité du même pour que se célèbre la Pâque de l’ouverture de l’humain. L’homme, finalement, un animal capable d’offrir en sacrifice son animalité pour s’enfanter humain.