A partir d’un animal en crise
Tant que la vie coïncide avec elle-même elle n’est qu’animale. C’est dans la distance de la vie avec elle-même que gît la chance de l’émergence de l’humain. C’est dans la béance qu’elle est pro-voquée au dépassement. Longue histoire d’un certain vivant défié à travers une longue suite de crises différentielles. Cela n’allait pas sans un grand pro-vocateur. Seul le fascinosum et le tremendum sacral pouvaient disloquer l’animal et ouvrir en ce primate la béance de l’infini. Le même était incapable de le défier. Il lui fallait l’autre. Il fallait la grande différence sacrale pour provoquer l’homme à sacrifier son animalité.

C’est donc dans la crise sacrale de la vie que naît l’homme en tant qu’homme. Le sacré est proprement crise d’enfantement de l’humain. Personne ne sait quand cela a commencé. Personne ne le saura jamais. Mais l’accession d’un certain primate à l’humanité reste incompréhensible autrement.
Par la suite, l’histoire de l’homme est inséparable de l’histoire de ses dieux. De son Dieu dont il se sait l’image. Dès lors ce n’est plus qu’en se divinisant que l’homme s’humanise. Seul le ‘divin’ ouvre la différence à travers laquelle l’humanité advient. Des esprits élémentaires aux divinités minérales, végétales et animales. Des divinités agraires au dieu cosmique. Des idoles fabriquées au Dieu invisible. Des dieux de la tribu au Dieu universel. Du dieu démiurge au Dieu Créateur. De la Divinité au Dieu-Personne...
Qui d’autre que Dieu pouvait provoquer l’exode de l’homme vers l’humain ?