Foi et religion


Les deux sont prises ici comme des ‘essences’, c'est-à-dire comme deux polarités différentielles abstraites, entre lesquelles, en vue d’une plus profonde compréhension, on peut instruire le rapport dialectique sans pour autant les séparer complètement dans leurs formes concrètes. Le rapport entre 'foi' et 'religion' est en effet dialectique. La foi a dialectiquement besoin d'un point d'appui ‘religieux’. En même temps elle dépasse dialectiquement toute ‘position’ religieuse. Mais attention! La tentation reste grande de confondre la structure ‘porteuse’ de la foi avec la foi elle-même. Avec le risque de jeter le bébé avec l’eau du bain.

La 'religion' est en continuité, la 'foi' est en rupture. La foi d'Abraham commence avec le départ de sa terre natale et de sa religion.

La 'religion' est une nécessité quasi naturelle de l'homme naturellement religieux. Dans la 'foi', c'est l'Autre qui interpelle et pro-voque la réponse gratuite. La 'religion' crée un lien de dépendance et de soumission. La 'foi' s'épanouit dans la liberté des fils et des filles de Dieu. La 'religion' entretient la crainte révérentielle. La 'foi' appelle l'Amour et s'accomplit en lui. Elle dit avec saint Augustin "Ama et quod vis fac" - Aime et ensuite fais ce que tu veux. La 'religion' situe l'homme dans la réponse. La 'foi' le jette incessamment dans la question. La 'religion' est sédentaire. Elle construit ses citadelles. La 'foi' est nomade. Elle ne craint pas l'aventure. La 'religion' sacralise la mort. La 'foi' ‘laisse les morts ensevelir les morts’. La 'religion' ordonne: "l'homme est fait pour le sabbat". La 'foi' répond: "le sabbat est fait pour l'homme". La 'religion' observe la règle et ensuite se repose sur sa bonne conscience. La 'foi' n'a jamais fini d'aller de l'avant.