D’un seul cœur. C’est-à-dire à la fois au-delà et en-deçà de nos ‘souffles’ divers et particuliers. Descendre jusqu’en nos profondeurs. Là où souffle le même Souffle. Le ‘Souffle Saint’. Et c’est là que nous nous trouvons en communion de grâce. Lorsqu’en nous jubile l’Agapè de Dieu répandu dans les profondeurs de notre cœur par le Saint Esprit.
En communion
Quand arriva la Pentecôte... Ils se trouvaient réunis tous ensemble. Ils virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et se posa sur chacun d'eux. Tous, alors, furent remplis de l'Esprit Saint... (Actes 2,1-4).
‘Tous’... ‘chacun’... ‘tous’... Non pas tous contre chacun. Non pas chacun contre tous. Ensemble. C’est certainement là le grand miracle de la Pentecôte. Ils se trouvent en communion.
La suite sera dans cette logique. D’un seul cœur ils participaient fidèlement à la prière. (Actes 1,14).
Jour après jour, d'un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de cœur. Ils louaient Dieu... (Actes 2:46-47).
D’un seul cœur. C’est-à-dire à la fois au-delà et en-deça de nos ‘souffles’ divers et particuliers ? Idées. Idéologies. Expériences personnelles. Sensibilités. Goûts. Modes...
Il suffit de descendre jusqu’en nos profondeurs. Là où souffle le même Souffle. Le ‘Souffle Saint’.
En communion de grâce
Dans la mesure où nos célébrations sont vraies, dans la mesure où nous permettons à l’Eucharistie d’être vraiment ce que ce mot signifie, à savoir ‘merveilleuse grâce’, nous vivons personnellement et communautairement une expérience étonnante. L’expérience de la grâce.
L’état de grâce n’est pas une abstraction théorique. C’est une réalité vivante que nous expérimentons en nous et autour de nous.
En nous. Dans le fin-fond de notre ‘cœur’. Lorsque jubile en nous l’Agapè de Dieu répandu dans les profondeurs de notre cœur par le Saint Esprit. lorsque l’Esprit, en nous, vagit notre divine filiation de grâce en criant ‘Abba !’ – ‘Papa !’.
Autour de nous. Lorsqu’il ‘fait Dieu’ dans une communauté de croyants. Essentiellement dans la célébration de l’Eucharistie où nous pouvons vivre cet état de grâce d’un seul cœur. En communauté. En communion.
Le mystère eucharistique qui nous dépasse révèle et réalise notre propre mystère qui nous dépasse également. Entre ce que nous célébrons et ce que nous sommes en vérité, entre les deux mystères, l’Esprit ne peut que jouer la parfaite symphonie. Il suffit de laisser faire l’Esprit. Il se crée alors avec lui un milieu ‘écologique’ avec son ‘climat’ spécial, plus originaire et plus profond que ce qui relève simplement de la psychologie et où la ‘cérébralité’ risque de se perdre. Car là nous sommes ‘com-pris’ avant même de comprendre.
Au-delà du langage
Dans le souffle de la Parole.
Pourquoi la Parole de Dieu serait-elle incapable de passer outre le langage ? Etre en communion dans le Souffle de l’Esprit n’est pas limité par le langage articulé ni par les possibilités de compréhension simplement ‘intellectuelles’.
Singulière harmonie entre la musique et le fin-fond de l’âme ! Faites l’expérience face à une personne qui souffre d’autisme. Parlez-lui normalement. Autant parler à un meuble. Si maintenant, vous lui ‘dites’ la même chose mais en le chantant comme à l’opéra, il serait bien étonnant que vous ne soyez gratifiés d’une réaction et même d’un sourire.
Abandonnant son scientisme matérialiste avec ses théories organicistes et mécanistes la médecine elle-même, aujourd’hui, redécouvre l’approche psychosomatique pour voir en l’homme une ‘réalité originale’. La musique peut prendre une dimension thérapeutique, étant capable de réconcilier l’esprit et le corps. Les sons, en effet, s’adressent directement aux centres sympathiques. En agissant sur les émotions là où les mots échouent, la musique passe outre le langage pour atteindre les couches profondes de la personnalité non touchées par la maladie.
Ici il faut revenir également aux enfants et spécialement aux tout-petits que certains voudraient chasser si allègrement de nos assemblées sous prétexte que de toutes façons ils ne ‘comprennent’ rien. Immense erreur ! Ils comprennent bien plus que vous pensez. Et que seraient nos assemblées sans leur façon originale de l’exprimer ?
A une maman qui, inquiète de garder un ‘petit païen’ à la maison, aurait voulu le faire baptiser le plus rapidement possible, même en plein carême, j’ai répondu “Mais il a déjà fait sa première communion !” Elle me lance un regard d’une extrême incrédulité. Je réponds par une question. Etait-elle donc seule tous ces dimanches où, enceinte, elle venait recevoir le Corps du Christ ?
Les pas-encore-nés, eux aussi, font partie de la même communauté rassemblée dans le même Souffle de l’Esprit. Il est important qu’ils ‘se sentent’ en communion. L’étude de leurs possibilités intra-utérines ne fait que balbutier. Mais déjà nous savons qu’ils sont très loin d’être sourds et muets. Une catéchèse prénatale ? Je suis convaincu de son urgence.
Pourquoi restons-nous si frileux à oser penser et vivre l’incarnation jusqu’au bout ?
Dans le souffle de la Parole... Pourquoi la Parole de Dieu serait-elle incapable de passer même outre le langage ? Etre en communion dans le Souffle de l’Esprit n’est pas limité par le langage articulé ni par les possibilités de compréhension simplement ‘intellectuelles’. Quelle singulière harmonie n’existe-t-il pas entre la musique et le fin-fond de l’âme ? Et quelle erreur, lorsque certains voudraient si allègrement chasser les tout-petits de nos assemblées sous prétexte qu’ils ne ‘comprennent’ rien.
Au-delà des idéalismes et des subjectivismes ambiants, au-delà de la prison du ‘je pense’, il est une expérience chrétienne fondamentale. C’est celle de se rendre – comme on se rend à l’Amour – à l’Autre qui, en même temps, dérange et comble. Et cela sans renier sa lucidité. Etre chrétien, c’est faire sienne la foi de l'Eglise. Lorsque l’extrême expérience personnelle entre en communion avec la totalité de l’expérience objective ecclésiale. Lorsque objectivité et subjectivité peuvent s’étreindre dans l’expérience jubilante d’une foi vécue.
La communauté jubilante
Il est une expérience chrétienne fondamentale. C’est celle de se rendre – avec toute sa lucidité – à l’Autre qui, en même temps, dérange et comble. Ils sont donc essentiels les moments où, avec tout moi-même et en même temps au-delà de moi-même, je me laisse prendre dans la jubilation d’une communion de Foi. Lorsque se partage le ‘ça jubile’ qui nous précède et nous porte.
‘Faire Eglise’ appelle un espace où souffle le ’Souffle Saint’. Une assemblée priante, vraiment priante, permet à l’Esprit de créer un tel espace, sorte de milieu ‘écologique’ de la grâce. Il faut laisser faire l’Esprit qui instaure un ‘climat’ unique. Un ‘climat’ plus originaire et plus profond que la ‘cérébralité’ qui risque de s’y perdre. Là ‘je suis compris’ avant même de comprendre. Là ‘ça’ chante avant même que nous chantions ‘d’un seul cœur’.
On pourrait croire ces moments ‘exceptionnels’. Ils le sont, parfois, de façon spectaculaire. Un Congrès eucharistique. Les Journées mondiales de la jeunesse. Tel pèlerinage... Mais pour une communauté vivante, cet ‘exceptionnel’ ne peut-il pas être celui de son rythme régulier ? Pas forcément ‘spectaculaire’. Chaque dimanche, la fête. Par exemple.
Ils sont donc essentiels les moments où, avec tout moi-même et en même temps au-delà de moi-même, je me laisse prendre dans la jubilation d’une communion de Foi. Là où, ensemble, se partage le ‘ça jubile’ qui nous précède et nous porte.
On pourrait croire ces moments ‘exceptionnels’. Ils le sont, parfois, de façon spectaculaire. Un Congrès eucharistique. Les Journées mondiales de la jeunesse. Tel pèlerinage... Mais cet ‘exceptionnel’ veut se jubiler au rythme particulier de chaque communauté vivante, Pas nécessairement ‘spectaculaire’. Chaque dimanche. La fête...