Communauté prophétique
Notre monde, aujourd’hui, ne risque-t-il pas d’oublier ses dimensions véritables et de perdre ses repères ? A moins que ne se lèvent des prophètes qui témoignent de l’essentiel.
Une communauté chrétienne, dans la mesure où elle est centrée sur l’absolu et vit du souffle de l’Esprit, ne peut pas ne pas être signe prophétique.
Le prophète n’est pas d’abord celui qui ‘prédit’ l’avenir. Etre prophète c’est mettre en lumière. C’est dégager le sens profond des choses. C’est jeter un nouvel éclairage sur le présent et le futur. C’est faire l’expérience vivante de l’Autre et d’en témoigner.
La grande chance de nos communautés
Quelle chance n’ont-elles pas, nos communautés ecclésiales de langue française à l’étranger ! Elles sont jeunes. Très jeunes. Avec beaucoup d’enfants. Les familles expatriées ont en général une haute qualification professionnelle, avec ce que cela implique d’aisance matérielle, d’éducation et de culture. Vivre à l’étranger libère d’un certain poids sociologique. La rupture d’avec leur communauté traditionnelle constitue un facteur promoteur de communauté nouvelle. De n’être pas une ‘paroisse’ au sens habituel du mot mais plutôt une ‘aumônerie’, libère de pas mal de contraintes et des pesanteurs institutionnelles.
La très grande mobilité de nos communautés est un facteur de renouvellement permanent. Les poids morts n’ont pas le temps de s’accumuler. Une communauté qui se renouvelle sans cesse se trouve en état de création continue. Elle grandit dans la nouveauté. Dans ces communautés petites et ouvertes – elles n’ont pas le temps de se fermer – les appels aux engagements sont mieux répercutés et assumés avec cœur.
D’étonnantes dynamique se libèrent ainsi dans cette aventure permanente avec l’Esprit. Les dynamiques du provisoire. Sans cesse s’y rencontrent les différences. Et celles-ci sont dialectiquement fécondes. La communauté doit se réinventer inlassablement. Elle ne doit pas cesser de se remettre en perspective et de se redire l’essentiel qui la fait vivre.
Est-ce à dire que ce sont là des communautés de luxe ? Elles le seraient si elles oubliaient qu’elles sont avant tout ‘service’.
Priorité
Ce sont surtout les enfants et les jeunes qui ont le plus grand besoin de nous. Comment, autrement, déracinés de leur langue et de leur culture, pourraient-ils grandir dans la foi ? Nous les accueillons le plus tôt possible. Même avant leur naissance...
Nos communautés de langue française ne prennent leur réelle justification qu’à travers les enfants. Les grandes personnes, à la rigueur, ne sont jamais complètement perdues dans les communautés de l’Eglise locale. Les enfants oui. La graine du Royaume en eux, pour pouvoir s’épanouir véritablement, a besoin de ce terreau culturel et de cette communion dans la parole en langue maternelle, la ‘langue-notre-mère’, la langue matrice qui nous engendre humains
Communautés prophétiques
C’est avec les enfants et les jeunes que la ‘fête’ est possible chaque dimanche. Avec tout ce que cela implique. Et par là nos communautés, d’une certaine façon ‘exemplaires’ ad intra et ad extra, sont appelées à être signe prophétique. Pour elles-mêmes et pour ceux qui l’entourent. Et elles le sont authentiquement. Chaque fois qu’à partir de l’Eucharistie elles vivent leur propre transfiguration et se trouvent emportées à partager leur Foi, leur Espérance et leur Amour.