Un animal ‘moins’ (quelque chose)
D'où peut venir en cet animal humain ce tropisme vers le haut ? Le logos le présuppose, sans arriver à le fonder parfaitement en raison. Il n’y a que le mythos qui puisse donner à penser son archè. Un fragment du divin perdu dans l’animal humain et qui, au cœur de l’expérience sensible, garde la nostalgie du divin. Une puissance d’aspiration de l’âme vers ce qui est en-haut. A travers une chute, une réminiscence et une ascension...

Il semblerait normal que le couronnement du règne biologique, l’homme, soit un animal ‘plus’ quelque chose. Nos réflexes physicalistes et substantialistes ne valorisent que le plein. Comme si l’essentiel consistait à ajouter, à accumuler et à boucler le plus grand contenant possible avec le maximum de contenus ! Il faut oser le paradoxe. L’homme est un animal ‘moins’ quelque chose.
L’homme est un animal, oui, mais un animal ‘protestant’ contre son animalité. L’homme est comme une blessure au flanc de la nature.
C’est dans la béance que surgit le spécifique humain. Misère et grandeur de l’homme frustré en sa simple animalité, en sa seule naturalisé, ex-posé à créer, par médiation symbolique, à travers la parole, un monde toujours autre, toujours nouveau. L’espace symbolique, espace de possibilité et de déploiement du spécifique humain dans la rupture et dans la distance, représente un véritable scandale au sein de la nature. Comment une telle émergence du ‘non’ au cœur du grand ‘oui’ que la nature ne cesse de se répéter à elle-même peut-elle s’expliquer ?

L’animal est sans doute trop plein d’animalité pour être béant sur l’esprit... Accéder à un ordre supérieur implique l’immense traversée d’un vide. L’homme, lui, ne cesse de l’expérimenter de mille manières. Nos béances se pervertissent lorsqu’elles refusent cette essentielle 'pauvreté' authentiquement ‘humanisante’.