Un animal paradoxal


Proprement anormal si l’on considère les normes de la vie simplement biologique. Une négation au cœur de la massive affirmation vitale. Et que proteste Nietzsche avec toute la modernité ! Nous ne bouclons la boucle de l’animalité qu’en nous niant nous-mêmes. L’authentique humain est en exode.

Qu'est-ce que l'homme ? Face à cette simple question, notre modernité se trouve littéralement au rouet. Après avoir désespéré des essences, le concept d’humanité – mais les autres concepts importants comme la vie, la mort, la justice, et beaucoup d’autres, souffrent de la même précarité – risque de n’être jamais que la somme tronquée des perspectives aussi bien particulières que partielles. Vibration d’une mode idéologique. Résonance de l’espace socioculturel. Echo du discours dominant. Image émotionnelle. Moyenne statistique. Plus bas dénominateur commun du plus grand nombre... Bref, quelque chose comme un consensus mimétique sur un minimum d’ ‘humanité’. Avec des chances de court-circuiter les dimensions essentielles.

Il pourrait sembler – et l'étologie y incite – que le spécifique humain se réduit en fin de compte à du biologique simplement transposé ou sublimé. Une efflorescence évolutivement apparue. Quelque chose comme un épiphénomène d'une réalité fondamentalement, et de part en part, du même ordre. L'intelligibilité naturaliste qui se veut être en stricte continuité avec le
même peut avoir raison à 99%. Le stupéfiant c’est le un pour cent restant. Du côté de l’autre. Un petit reste qui pourtant ouvre un infini d’espérance. Une faible voix prophétique émerge sur les vastes étendues où prolifère le ‘ça’. Elle ose commencer par dire ‘je’. Petit David face au géant Goliath. C’est elle pourtant qui est finalement victorieuse des réductionnismes totalitaires.

La spécificité humaine, un indicible qui se cache et se révèle en même temps, se cherche dans la béance des apparences simplement phénoménales. Le petit reste du même pas 1% restant.

Paradoxale intelligibilité de l’homme tellement en continuité avec le "donné" naturel et qui pourtant ne devient réellement compréhensible qu’en rupture avec lui !.

Scandale que cette dimension et grandeur pourtant ! Par elle le possible humain est crucifié et provoqué au dépassement de lui-même. Il est simultanément extrême labileté et extrême puissance. A la réalité humaine qu'il affecte, il confère en même temps une singulière faiblesse et une extraordinaire capacité de survie malgré toutes les vicissitudes de l'Histoire. L'histoire d'Israël, depuis quatre mille ans, est là pour en témoigner.

Les vitalismes naturalistes en arrivent à considérer l’esprit comme le contradicteur de l’âme. Ce faisant ils ne se méprennent-ils pas totalement sur le sens de cette labileté de la condition humaine, si différente de la tranquille 'certitude' animale. Ce que l’homme, justement, refuse. Et ce refus ne peut pas ne pas situer l’homme dans la non-quiétude d’une dualité entre ce qui est et ce qui doit être.

S’ouvre ainsi un espace de dépassement et de progressivité dont le parcours, discursif et dialectique, s’appelle penser. Sans cette fondamentale inquiétude l’homme penserait-il ? L’homme serait-il homme ?


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Singulier vivant que l’homme, qui n’est réellement chez soi que là où il n’est pas encore.

L’homme est comme une blessure au flanc de la nature.
L'homme passe infiniment l'homme. Comment résumer mieux que par cet aphorisme de Pascal la condition humaine qui est d’exode ? L’homme hors de soi. L’homme en avant de soi. Très, très loin en avant de soi.