Vider
La vie de l’Esprit commence non par un plein mais par un vide. Dieu veut naître en toi. Aucune autre naissance ne peut s’accomplir en même temps. Voilà pourquoi le Saint Esprit fait deux choses en l’homme. D’abord il le vide. Ensuite il remplit ce vide autant et dans la mesure où il en trouve. Ce vide n’est pas pour lui-même. Il est pour l’Autre. Il est pour la Rencontre.
Nous voulons toujours en rajouter. C’est le contraire qui est important. Il faut enlever... dépouiller... vider...
Or, la vie de l’Esprit commence non par un plein mais par un vide. Dieu veut naître en toi. Aucune autre naissance ne peut s’accomplir en même temps. Voilà pourquoi le Saint Esprit fait deux choses en l’homme. D’abord il le vide. Ensuite il remplit ce vide autant et dans la mesure où il en trouve.
Face au manque, nous pensons tout de suite développement par construction et progrès par accumulation. C’est dans leur contraire, dans la négation, dans l’absence, dans le vide, que Tauler voit l’essentiel de notre tâche d’hommes. Et ce qui donne sens à tout le reste.
Tous les réflexes d’abondance de notre modernité crient leur horreur de ce vide-là. Mais quand on a perdu l’Alliance il faut bien couvrir sa nudité avec des expédients de fortune. Alors, vidé, vidé surtout de son avoir et de son paraître, que peut-il bien rester à l’homme ? Symptomatique de notre misère, la tendance de questionner à partir de nos trous à boucher là où Tauler, partant de la surabondance de Dieu en nous, voit des encombrements à éliminer.
Vider... Ce vide n’est pas phobie de l’impur ni fuite du monde. Il n’est pas négativiste manie d’hygiène spirituelle. Il n’est pas suprême raffinement esthé-tique de total dépouillement des formes. Il n’est pas nihiliste ivresse d’absolu. Il n’est pas vertige mystique. Il est simplement pour accueillir l’Autre qui vient. Et le laisser faire.
Comme la flèche dans une chair saine, bien des choses peuvent ne pas être à leur place en toi. Sous peine de gangrène. Tous ces corps étrangers... Tout ce qui est contre nature, contre ta vraie nature. Bref, tout ce qui n’est pas Dieu en toi.
Ta plénitude ne t’advient qu’en proportion de ton vide. Il faut abandonner ton déploiement dans les grandes largeurs faciles de la multiplicité mondaine. Il faut renoncer à tes euphories unidimensionnelles et à tes divertissements dans l’opulence de surface. Il te faut quitter tes crispations possessives et dominatrices.
Exercice toujours périlleux puisqu’en te vidant tu risques de rester plein encore de ton vide. Il faut abandonner ton abandon lui-même ! Impossible ? A moins que de laisser Dieu préparer lui-même ton fond.

Il faut "crever les peaux". C’est de façon très concrète que Tauler les évoque. Ces peaux multiples, épaisses, noires, gluantes, nauséabondes, qui, dans l’incroyable enchevêtrement de leurs excroissances, recouvrent et obstruent les profondeurs de l’homme. Ainsi se trouve bouché l’accès aux sources d’authentique divinité en même temps que d’authentique humanité.
On ne refoule pas impunément Dieu. On refoule encore moins impunément ce refoulement lui-même. Ce péché contre l’Esprit est promis à la mort. L’homme est sans doute trop grand pour être offert aux augures des maîtres penseurs de ce temps. Le mystère des profondeurs humaines, même barricadées, est trop saint pour être livré aux trafiquants du temple. Alors qui nous sauvera ?
Et si l’homme d’aujourd’hui, l’homme occidental, malade de Dieu, savait retrouver l’eau vive ! Et suivre le mince fil d’eau qui, au travers de l’incroyable amoncellement de défenses obstruant ses divines profondeurs, continue à sourdre, témoin de la Source.