Dieu chassé de notre paradis


Les dessous du jeu du Prince de ce monde n’ont probablement jamais été autant soupçonnés qu’en nos jours où cette folle aventure commence à tourner mal. La schizoïdie des filles et des fils de Dieu n’a cessé de nouer sa cohérence dans l’autistique constitution d’un espace de pure immanence. Contre le Père. De cet espace – culturel, mental, épistémo-logique, pragmatique – de stricte ’humanité’, il fallait – symétrique inversion du récit de la Genèse ? – chasser Dieu. De trop, donc, le père judéo-chrétien, devant la revendication d’une origine purement parthénogénétique à partir de la seule vierge Athena. De trop, le Père de l’Etre, du Bien et de la Vérité puisque nous suffisent nos propres productions, nos propres valeurs, nos propres lucidités. Puisque nous prétendons être à nous-mêmes notre propre source. De trop, outrageusement de trop, le Père avec son Fils et le saint Esprit !

Pourtant on n’en finit pas de chasser Dieu. Il résiste au-delà de toute logique et de toute cohérence. Car la logique et la cohérence ne sont que de surface. Profondément, beaucoup plus profondément, occultée, refoulée, se joue, fascinante et effrayante, la grande dramaturgie. Mystérieuse négative théologie négative ! Le corps à corps des esprits, plus meurtrissant que le combat de Jacob avec l’Autre. L’homme n’en sort jamais que déhanché. Et la lutte reprend... La théomachie se poursuit.

Au moment même où l’homme a cru boucler la boucle de sa propre divinité, déjà se lèvent les ‘maîtres penseurs’ du soupçon. Marx. Nietzsche. Freud. Les Maîtres penseurs du soupçon n’ont pas fini d’annoncer la mort de Dieu que déjà les Maîtres penseurs de l’absurde annoncent la mort de l’homme.