L'entropie au cœur de l'humain


Les péchés capitaux
... Ils monnayent en quelque sorte le péché du monde en toute humanité individuelle ou collective. Traditionnellement on en compte sept. L'orgueil, l'envie, la colère, l'avarice, la luxure, l'intempérance, la paresse. On les croit d'un autre âge. Leur actualité est plus brûlante que jamais. Ils piègent notre désir. Ils le piègent à sa racine.

Avant que
je ne désire, déjà ça désire en moi. Ce désir d'avant, ce désir fondamental, est marqué d'une profonde ambivalence. Quelque chose comme une faille entre grâce et péché. Il désire à la fois l'ouvert et le clos. La généreuse ouverture qui lui reste de l'originaire acte créationnel. Le repli dans la clôture qui ne peut lui venir que de l'originel acte schizoïde, comme un vestige très concret du péché du monde dans nos psychologies. Tels sont les péchés capitaux. Ils affectent négativement notre désir à sa source.

Il reste au désir de se masquer pour se rendre sortable. Il se déguise et s'habille de `bonnes manières'. Mais qui est dupe de ce jeu de cache-cache ? La `civilisation' peut sans doute rendre sortable. Mais peut-elle `sauver' ?

Les péchés capitaux régissent un système totalitaire du
même. L'orgueil s'enferme dans le `je'. L'avarice, la luxure, l'intempérance, la paresse insistent sur `mon' avoir, sur `mon' plaisir, sur `ma' satisfaction, sur `mon' bien-être. `Je', `moi', `mien'... face à l'autre, au détriment de l'autre, contre l'autre; voilà pour l'envie et la colère.

Le système des péchés capitaux enferme ainsi le désir en son autistique schizoïdie. Mais ce faisant il ne peut pas ne pas le faire jouer contre lui-même. Tel le serpent qui se mord la queue, pris à sa propre voracité.

L'envie... Une profonde réflexion sur les péchés capitaux, et sur l'envie en particulier, aurait pu éviter à Marx d'échafauder sa monumentale illusion. Mais sans doute, alors, ne l'aurait-on pas pris au sérieux. Marx voulait libérer une dynamique capable de combler radicalement le désir humain. Tout le désir et le désir de tous. Cet optimisme, nous l'avons vu, sous-estimait les limites, physiques et morales, des possibilités de l'outil producteur d'euphorie. Mais il péchait plus gravement encore contre la nature profonde du désir lui-même. Car il ne s'agit pas d'une abstraction. Il s'agit du désir réel et concret. Et ce désir est blessé. Comment, à partir de la `lutte des classes', sortir du cercle vicieux de l'envie contre l'envie ? Comment accéder à la `société sans classes' sans convertir le désir à sa racine ? Et comment désaliéner le désir de son péché originel dans l'immanence Marx. La `lutte' ne serait-elle purificatrice des négativités ? Ce recours à l'éros dominateur est certes immédiatement `mobilimatérialiste et athée posée comme principe ? L'homme rendu à lui-même ? Non, le désir simplement rendu aux péchés capitaux.

Une fois donné libre cours aux péchés capitaux, rien ne semble pouvoir arrêter leur prolifération et le déchaînement de leur conflictualité. Envie contre envie. Orgueil contre orgueil. Soif d'avoir contre soif d'avoir. Injustice contre injustice. Avidité contre avidité. Jouissance contre jouissance...
Eros ne peut pas ne pas vouloir combler la différence. Mais ainsi la distance entre source chaude et puits froid va nécessairement en se rétrécissant. L'entropie croît. La différence sans laquelle le désir n'est pas glisse vers l'indifférence. Donc vers la mort. Ce destin est fatal en immanence.

Pour vaincre l'entropie, pour faire grandir la néguentropie, il faut un renversement et un retournement d'Eros. Qui ou quoi peut opérer ce renversement ? Le chrétien sait... Cette conversion d'Eros s'appelle
Agapè
.