Le lien rompu


La schizoïdie épistémique ne projette-t-elle pas finalement sa coupure dans l’être ? Même si Descartes pense encore en référence à une ‘nature des choses’, sur fond de métaphysique de la substance, il n’en demeure pas moins qu’il aboutit effectivement à dichotomiser l’être. Sans lui trouver d’autres liens que des liens artificiels.

Entre substance infinie et substance finie, outre que le concept même de substance glisse dans l’équivoque, quel est le rapport ontologique ? Quelle consistance et quelle autonomie peut-il rester à la substance finie ? Ne risque-t-elle pas de se voir réduite à une articulation ‘mécanique’ à partir d’une unique substance ? Et qu’advient-il alors de l’autonomie de la personne humaine ?


Entre substance finie pensante et substance finie étendue le clivage est désormais quasi insurmontable. Comment surmonter ce dualisme ? Tâche de toute la philosophie post-cartésienne. Ou bien on souligne la dualité substantielle et alors se pose le problème infini du lien. Ou bien on souligne le lien et alors il faudra bien en venir à privilégier l’un des termes de la dualité, en perdant l’autre.

Mais il est impossible de poser le problème de la substance sans poser en même temps celui de la causalité.

C’est très profondément le rapport du ‘même’ et de l’ ‘autre’ qui est atteint. Et plus profondément encore l’acte de ‘création’.

Le mécanisme saurait-il porter une solution ? Les impasses de la logique mécaniste: deux substances finies hétérogènes: matière et esprit, extension et pensée. D’où le problème du lien et de la causalité. Le mécanisme empiriste déclare forfait en refusant la substance et en se réfugiant dans un monisme. Le mécanisme rationaliste veut penser la relation de façon géométrique. L’extension est articulable géométriquement et mécaniquement par la pensée. Articulation de la stricte spatialité quantitative et de la stricte contiguïté de mouvements quantitatifs.

Par exemple: entre l’extension du corps et la saisie, par la pensée, de cette extension peuvent s’intercaler des extensions minimales (infinitésimales) douées d’une rapidité maximale: les ‘esprits animaux’ cartésiens. Mais une telle façon de penser la relation ne surmonte que la spatialité mécanique et reste essentiellement en extériorité. Une extension même infinitésimale reste extension. Une vitesse même maximale reste parcours d’une extension. La relation est sans doute plus ‘faisable’. Reste cependant l’inintelligible fondamental: comment finalement coïncide dans l’identité l’hétérogène de l’extension matérielle et de l’intention spirituelle ? Le lien causal ne peut être autre chose qu’un rapport d’articulation. Comment dépasser cet ‘artifice’ ?


 


Ayant coupé les liens avec la totalité théo-onto-logique, la raison schizoïde se boucle sur elle-même jusqu'à la déraison. Elle a beau vouloir se diviniser et se parer d'une Majuscule, en fait il ne lui reste que de tourner en rond dans l'enclos de la tautologie. Le règne des cercles vicieux et des tâches impossibles. Etre à soi-même l'absolue source chaude... Fonder ses propres fondements... Tout peut devenir légitime parce que tout peut se légitimer. Il faut donc jouer ou se battre. Jouer en se fermant les yeux sur le fait que les règles du jeu soient seulement conventionnelles. Ou se battre pour se mettre d'accord sur les conventions. Mais s'il n'y a plus d'arbitre ?

Enfin, suprême illusion schizophrène, l'homme
impeccable. C'est-à-dire l'homme au péché refoulé. Avec la question sans réponse du moderne Camus. “Qui nous pardonnera ?” Avec le réflexe infantile de cacher la faute ou bien de trouver le coupable hors de soi-même.