Le strict possible humain en stricte immanence


Le renversement copernicien de la modernité s’absolutise. Il ne se veut plus seulement méthodologique mais métaphysique. En brûlant en même temps les ponts de ‘la’ métaphysique.

Le possible humain se reprenant en anthropocentrique rationalité ne pouvait pas ne pas expérimenter dans le mouvement en clôture d’immanence l’ouverture de transcendance congénitale à la raison. Aussi les systèmes ‘rationalistes’ du XVIIe siècle restent-ils, comme malgré eux, davantage en continuité qu’en rupture avec les grands courants de la métaphysique classique.

Plus spécifiquement ‘moderne’ sera la rupture empiriste. Commencée au XVIIe siècle, elle dominera le siècle suivant et inspirera grandement les siècles suivants. 1690: ‘Essai sur l’entendement humain’ de Locke. - 1710: ‘Traité sur les principes de la connaissance humaine’ de Berkeley. - 1739: ‘Traité de la nature humaine’ de Hume. - 1748: ‘Essai sur l’entendement humain’. - 1754: ‘Traité des sensations’ de Condillac.

En eux-mêmes, ces quelques titres disent tout un programme. De la mise en question de l’entendement à l’affirmation de la sensation. Le strict possible humain en stricte immanence. La finitude se boucle sur la pure empirie physique et la pure facticité spatio-temporelle. Toute ‘métaphysique’, étant expulsée, l’être et la connaissance sont ramenés dans les limites d’une stricte ‘physique’. Là, dans les limites de l’immanence, ne règne plus qu’un monisme. Et ce monisme est matérialiste. Et ce monisme est réductionniste. Le supérieur se réduit à l’inférieur. Le tout se réduit à la partie. L’inférieur explique le supérieur. La partie explique le tout.


 


Le possible de l’homme, centre de perspective sur la totalité. La vérité sur toutes choses n’est désormais qu’à partir de la pensée humaine. C’est elle qui est l’immédiateté première. C’est elle qui fonde les fondements de son savoir. Car Dieu lui-même, encore garant de mes évidences, est-il lui-même évident autrement qu’à travers l’idée claire et distincte de ma pensée ? Je pense Dieu qui garantit la vérité de ma pensée ! Cercle vicieux ? Descartes, cependant, n’en est pas encore tout-à-fait là ! Nous ne pensons l’imparfait et le fini que sur fond de parfait et d’infini. Nous avons donc en nous l’idée claire et distincte de l’être absolument parfait. Quelle est la chance d’existence de cet être parfait ? Mais l’existence n’est-elle pas nécessairement inhérente – argument ontologique – à l’idée ? Cette idée qui ne peut venir ni du néant ni radicalement de nous-mêmes. Elle est nôtre, certes, mais en même temps elle renvoie encore ailleurs. Pour combien de temps ‘encore’ ?

Même sans être créateur ex nihilo de l’idée claire et distincte, c’est quand même
en mon possible qu’elle prend conscience d’elle-même. Et c’est ce possible qui désormais héberge le doute. Y a-t-il un Dieu ? Et s’il était trompeur ?