La béance de l'existence
Exister. Entre ce que sont les choses et le fait qu’elles soient. Le ‘ce que’ – ce qu’est un cercle, par exemple, – s’explique et se définit. On peut le déduire et le réduire. Il est en quelque sorte logiquement nécessaire une fois donnée sa définition. Le ‘que’, au contraire, ne s’explique ni ne se définit. Il est ‘là’. Logiquement extra-vagant. Exister, c’est surgir en rupture. Gratuitement. Tout questionnement sur l’exister reste donc comme suspendu sur cette incontournable béance qui peut s’appeler ‘facticité’ ou ‘contingence’.

Contingence. Depuis toujours les religions, les philosophies, les sciences ne témoignent-elles pas de l’héroïque effort de l’homme pour nier la contingence ? Et pourtant, au ‘sérieux’ déterministe qui veut tout prévoir et tout comprendre, répond l’ironie de l’événement qui ne cesse d’ad-venir, sans préavis et incompréhensible, dans la béance des constructions. Là où le sol de l’être se dérobe. Reste ce qui refuse de se laisser intégrer dans la cohérence des essences et des structures. Reste ce qui pourrait ne pas être. Cela est de l’ordre de l’acte gratuit. Cela surgit aux antipodes de la nécessité qui ne peut pas ne pas boucler le même sur lui-même. La contingence livre à l’autre.
Nous ne cessons de côtoyer le ‘hasard’. C’est à la liberté qu’il revient de lui donner un nom. Pourquoi le hasard ne serait-il pas l’espace des infinies rencontres de grâce ? L’espace de jeu de cette Sagesse divine qui aime tant jouer avec les enfants des hommes... La raison ne finit jamais de faire le tour de son même. Il reste toujours de l’autre. Incontournable. De trop. Quelque chose qui est de l’ordre de la contingence. Un espace de gratuité. L’espace de liberté où se décide notre essentiel.