Béance de la science


Ce que la science ne loge pas et qui, au contraire, loge la science:

Premièrement, la science elle-même. Les conditions de possibilité de la science échappent à la science. Pourquoi quelque chose comme une science est-elle possible ? Ce qu’il y a de plus incompréhensible, constate Einstein, c’est que la science soit possible.

Deuxièmement, la
raison. La science n’est jamais que la raison constituée à telle époque donnée. Ce qui fonde cette raison constituée, c’est la raison constituante. L’absolue exigence elle-même de non-contradiction, de totalité et de cohérence.

Troisièmement, l’
acte d’être. L’irréductible facticité d’être... La science part nécessairement d’un ‘il y a’ qu’elle ne crée pas. Reste que ce ‘il y a’ soit ! La matière, l’énergie, l’espace-temps... Pourquoi , se demande Leibniz, y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?

Quatrièmement, la
rationalité du réel. Tout n’est pas possible, tout n’est pas compossible, n’importe où, n’importe quand, ni n’importe comment. L’univers est régi par des lois. Sinon la science serait impossible. Cette ‘contrainte’ détermine un ordre des choses et des successions. Les êtres et les phénomènes sont déterminés. Même le ‘hasard’, car il n’y a pas seulement l’espace du jeu (aléatoire), pas seulement les règles du jeu (lois) mais fondamentalement les règles qui régissent l’espace du jeu lui-même ! Le savant ne peut pas ne pas être animé, selon le mot d’Einstein, de la croyance en l’harmonie interne de notre monde. Le postulat du déterminisme est postulat en la rationalité absolue de l’univers.



A l’intérieur de son espace une réponse peut être valable, indépendamment des
béances qui s’ouvrent derrière ses objets, derrière ses méthodes et derrière la logique de ses énoncés. On peut être savant sans angoisse métaphysique par rapport à son domaine scientifique. La science peut continuer à fonctionner même lorsqu’une crise affecte ses fondements. Ces béancessont pourtant infiniment pertinentes dès lors que l'esprit s'éveille de son sommeil dogmatique..


 


L’humain est incapable de vivre hors du
sens. Or le sens n’est pas à partir de rien. Tout sens se donne toujours à partir d’un sens englobant plus grand et plus fondamental. Déjà la simple possibilité de dire: “c’est absurde” présuppose quelque chose comme une englobante possibilité de sens. Et ultimement, le sens du sens. C'est-à-dire ultimement le 'pourquoi' des 'pourquoi'.
 
Une réponse ne peut être absolue que dans la mesure où elle s'énonce en accord avec avec un englobant absolu. Quand sommes-nous sûrs que nos réponses humaines, même 'scientifiques', sont de cet ordre ? Nous laissant trop souvent illusionner par notre horizon épistémologique et pragmatique pris comme incontournable et absolu.

Et notre raison ? Derrière sa souveraineté auto-affirmée est-elle réellement l'absolu fondement de notre possible certitude ? Est-elle l'ultime
englobant de nos totalisations ? Et s'il se trouvait qu'elle est elle-même englobée... Mais par qui et par quoi ? Questions terribles qui ouvrent du côté de la Béance. Du côté du Tout-Autre.