Béance mystique
Elle s’ouvre dans la fissure de l’être. La voie propre de la mystique est négative. A l’encontre de nos instincts et de notre logique il s’agit de faire le vide, le vide à tous les sens du mot et sous tous les aspects du possible, pour atteindre la plénitude. Ascèse. Purification. Détachement. Dépouillement. Oubli. Silence. Béance. Néant.
Un lien, très mystérieux et très fort, noue mystique chrétienne et kénose. Celle-ci signifie la ‘descente’ comme dynamique fondamentale d’une ‘montée’. Peut-il en être autrement face au mystère du Christ qui s’abîme dans la mort pour ressusciter ? Le mystère de la Kénose est identiquement le mystère d’Agapè. Agapè te fait mourir avec le Christ. Agapè te fait ressusciter avec lui. L’expérience mystique est communion à ce mystère dans l’extrême profondeur de toi-même.

La vie de l’Esprit commence non par un plein mais par un vide. Nous ne trouvons au milieu de nos surabondances factices que des trous à boucher... là où l’Esprit, à partir de la surabondance de Dieu en nous, ne voit qu’encombrements à écarter. Tous nos réflexes naturels traduisent l’horreur de ce vide-là, et notre modernité ne fait qu’accentuer cette horreur. Quand on perd l’essentiel il faut bien couvrir sa nudité avec des expédients de fortune.
Tu ne trouves pas Dieu à travers tes plénitudes. Tu trouves Dieu à travers ton néant. C’est comme un leitmotiv chez Tauler. Il est impossible de se perdre en Dieu sans opérer d’abord un radical désencombrement du ‘gemüt’. Jusqu’aux abords de la néantisation. Une secrète loi, profonde dialectique du renversement des contraires, régit la vie spirituelle. Plus tu approches de ton propre néant, plus tu atteins ce point de rupture où tu bascules dans l’absolu de l’être. Deviens rien et tu deviens tout. Vide-toi et la plénitude te sera donnée par surcroît.