La philosophie du boutiquier
Ce positivisme de la
boutique – si typiquement 'petit-bourgeois – gère les ingrédients tenus en stock comme si eux seuls importaient et
se suffisaient. Il considère tout le reste en fonction des calculs de cette
gestion. Tel est en général le monde des `spécialistes' ou autres `experts' en
`ceci' ou en `cela' qui sans cesse clament de nouvelles perspectives et sans
cesse se trompent lamentablement.
Cette non-philosophie considère le christianisme comme un `ingrédient' qui se serait
simplement ajouté ou juxtaposé au large flux de l'histoire. Un peu à la manière
du boutiquier qui ajoute ou retire tel 'produit' sur son étagère pour
l'additionner ou le soustraire sur son inventaire. En prenant un soin jaloux de ne surtout pas se
tromper d'étiquette ! Lorsque l'étiquette ne porte pas clairement la marque
'chrétien', on refuse de trouver une signification chrétienne au contenu.
Elles sont nombreuses les lectures historiques qui pèchent contre la dialectique. On reste insensible aux différences qualitatives énormes entre les valeurs et les enjeux de l’Antiquité et ceux de la modernité. On refuse de mesurer concrètement le poids des obstacles épistémologiques et pragmatiques. On reste aveugle aux dynamismes pro-vocateurs. On privilégie de façon perspectiviste un faisceau de vecteurs historiques en faisant l’économie de leurs antithétiques conditions de possibilités. On perçoit fallacieusement en continuité ce qui n’est intelligible qu’en rupture à travers un affrontement.
Une
telle comptabilité simpliste se débarrasse des questions gênantes pour
s'installer dans les évidences faciles en piétinant les réelles conditions de
possibilité de notre spécificité occidentale.
A une telle approche paresseuse il faut opposer une intelligibilité plus
dialectique. La dynamique interne de notre modernité reste inintelligible sans l’affrontement et l’interfécondation dialectiques de gigantesques différences.