Un Dieu si lointain...


Qui es-tu pour entrer en intimité avec lui ? Mais qui est Dieu ?

Et si tu n’étais qu’un souffle au hasard qui se dissipe dans un espace vide de Dieu ? “
Courte et triste est notre vie et sans remède quand vient la fin; personne n’a jamais connu quelqu’un qui soit revenu du séjour des morts. Nous sommes nés du hasard et après ce sera comme si nous n’avions jamais existé. Le souffle de nos narines n’est qu’une fumée, et la pensée n’est qu’une étincelle qui jaillit au battement de notre cœur. Quand elle s’éteint, le corps s’en va en poussière et l’esprit se dissipe impalpable comme l’air." (Sagesse 2:1-3). Elles pourraient être d’aujourd’hui, ces réflexions millénaires que le Livre de la Sagesse met dans la bouche des impies. En fait, elle est de toujours, et pas seulement du côté des mécréants...

A la question: “Et Dieu ?”, un petit garçon de neuf ans, un après-midi de catéchisme à Washington, me répond avec beaucoup d’assurance: “Dieu, c’est lui qui me rentre dedans.” C’était sa manière de dire: Dieu pénètre en moi, Dieu me remplit. “
Elôï, Elôï, lema sabachtani” : “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?” (Marc 15:34). C’est le cri presque désespéré du Psaume 22, le cri insupportable de l’absolu abandon, que Jésus fait sien au moment de mourir sur la croix. Ainsi donc les fils d’homme peuvent sentir très fort la présence. Et l’absence peut torturer le Fils de Dieu lui-même.

Il y a des présences lourdes et encombrantes. Il y en a d’infiniment délicates. Certaines insistent. D’autres se dérobent. Etrange présence de Celui que nous appelons Dieu. Il est là. Il n’est pas là. Une absence dans mes pleins. Une présence dans mes manques. Une
présence et une absence qui ne cessent de hanter la réalité humaine. Comment voudrais-tu l’enfermer au beau milieu de ton expérience et de tes certitudes journalières ?

Des grands titres qui, de jour en jour, ‘font’ l’événement, les choses divines ne sont pas particulièrement présentes. L’actualité de Dieu ne tient pas, ou si peu, devant ce que promet chaque jour le sexe, l’argent, le pouvoir et les mille formes de divertissement. Pourquoi le mystère de Dieu n’apparaît-il pas d’emblée plus ‘intéressant’ ?

Nous sommes ainsi faits. Nous avons besoin d’étreindre. Tous nos sens extérieurs et intérieurs, toutes nos facultés physiques et spirituelles, veulent ‘saisir’. Voir. Sentir. Toucher. Percevoir. Expérimenter. Vérifier. Comprendre. Nos évidences se nourrissent de ‘contact’. Quête intellectuelle, débats intérieurs, argumentations logiques, nous n’avons de cesse que ‘ça colle’. Pourquoi, sans cesse, Dieu décolle-t-il ?

Dieu, visiblement, n’est pas là où le monde s’écrit noir sur blanc. Sans doute est-il
entre les lignes ? Je n’ai pas fini de me voir renvoyé à une relecture infinie.

La présence de Dieu ne s’impose pas. Son absence non plus. Il n’existe aucune raison donnée pour ou contre qui ne rencontre une raison contraire. Assez de raisons, comme l’a perçu Pascal, pour douter et assez de raisons pour croire.

Pourquoi Dieu est-il à travers une si longue distance, un si large incognito, une si profonde obscurité ? Pourquoi faut-il aller au-delà de soi-même pour rencontrer le Dieu vivant ?

Pourtant l’absence de Dieu, à sa manière, n’est pas muette. Elle parle en creusant. Elle est en recherche à travers un ‘non’ incessant. Du côté de quelque chose comme une ‘théologie négative’...

Pour les uns, l’absence de Dieu est comme l’eau transparente d’une mer tranquille où se baignent leurs euphories. Pour d’autres, elle signifie l’inquiétude et la traversée d’un rude désert inhospitalier.

“Voulez-vous partir, vous aussi ?” Simon-Pierre lui répondit: “Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.” (Jean 6:68) Il peut t’arriver à toi aussi d’avoir envie de partir. Quelque chose de plus fort en toi te retient. A qui irions-nous ?

Pourtant ils n’ont pas manqué et ils ne manquent pas, deux mille ans après, tous ces grands hommes, ces penseurs, ces révolutionnaires, ces savants, ces prophètes...

Je me dis à moi-même: “Déjà tu te laisses guider par ta foi...” Et cela répond en moi: “Donne-moi un seul exemple où quelqu’un pense à partir de rien.” L’athée n’est pas mieux loti que toi. N’est-il pas lui aussi un ‘croyant’ à sa manière ? Acceptant tant et tant de postulats indémontrables. Et sans lesquels il serait condamné au silence...