Passion inutile ?


Si Dieu n’existait pas, dit Dostoïewsky, tout serait permis. Si Dieu n’existe pas, dit Sartre, il faut en tirer jusqu’au bout les conséquences. Il n’y a donc pas de ‘nature’ humaine donnée puisqu’il n’y a pas de Dieu pour la concevoir. Rien n’est écrit au ciel intelligible. L’homme surgit du néant. Il est commencement absolu. Création absolue. Sans déterminisme. Pure subjectivité. Pure liberté. Pur dépassement. Pure transcendance. Sans recours condamné à être libre. Condamné à chaque instant à inventer l’homme. Condamné à être responsable de tout ce qu’il fait. Responsable de sa passion. Responsable de ses valeurs. Responsable des signes. Responsable des déchiffrements. Et délaissé, ne trouvant ni en lui, ni hors de lui une possibilité de s’accrocher.

Et si l’essentiel était effectivement la
contingence ? Exister, dit Sartre, n’est pas nécessaire. Exister c’est être là, simplement. Les existants apparaissent, se laissent rencontrer, mais on ne peut jamais les déduire. La contingence n’est pas un faux-semblant, une apparence qu’on peut dissiper; c’est l’absolu, par conséquent la gratuité parfaite.

Et si, finalement, l’homme n’était effectivement qu’une ‘passion inutile’ ? Mais n’est-ce pas là, justement, la définition chrétienne de l’enfer ?

Et pourquoi se torturer l’esprit ? Pourquoi, très simplement, se faire disciple d’Epicure ? Celui des maux qui nous fait le plus frémir n’est rien relativement à nous, puisque tant que nous existons la mort n’est pas, et quand la mort est là nous ne sommes plus. Comme ces vaches atteintes du BSE... ?