Mystérieuses solidarités de grâce
Ces mystérieuses solidarités mystiques ou diaboliques que nouent les libertés. Dans le bien comme dans le mal. Jusqu’à l’enfer ou jusqu’à la Communion des saints. Comment en parler autrement qu’autour ? Il faut le génie d’un Dostoievski pour l’évoquer avec force. Sans doute est-ce là l’unique grand thème d’une dramatique spécifiquement chrétienne. Bernanos... Graham Green...
Une sorte de profonde compromission spirituelle dans le mystère de grâce face au mystère d’iniquité. Qui pourra comprendre les mystérieuses solidarités, saisir les secrètes compensations qui se jouent consciemment ou inconsciemment à l’intérieur du Corps du Christ, où la rédemption d’un tel s’accomplit par l’incompréhensible souffrance de tel autre, où l’efficacité d’ici se forge à travers le cruel échec de là-bas, où les douloureuses semailles d’aujourd’hui fructifient en abondantes moissons de demain ?
Ces singulières solidarités se nouent à un niveau infiniment plus profond que les ‘sensibilités’ et les ‘engagements’, politiques ou autres. Insoupçonnables du dehors, elles jouent dans la profondeur des racines de la liberté. Dans le secret du ‘cœur’. Là, au fin-fond de ton ’gemüt’, tu sens que face à la solidarité d’iniquité rien d’autre ne peut ‘sauver’ que la solidarité de grâce nouée dans la communion mystique au Corps du Christ mort et ressuscité. Lorsqu’en profonde sympathie mystique, lorsqu’en infinie compassion avec l’Innocent immolé, tu peux répéter avec saint Paul: Je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son corps, qui est l’Eglise. (Colossiens. 1,24).