Aliénation


Une homéostasie entre l’infini du désir et la nécessaire finitude de l’abondance étant impossible, il reste à l’ensemble du système de la modernité de tourner pour tourner. Comme si la fuite en avant, suprême ‘transcendance’ possible de la modernité, se suffisait à elle-même pour combler la frustration relancée à l’infini. En fait fonctionne là une exponentielle mécanique d’exponentielle aliénation.

Suivant une gigantesque mimésis d’aliénation... A l’image de la technè, l’homme articulé, désarticulé, réarticulé. A l’image de l’outilité, l’homme outilisé, utilisé. A l’image des choses, l’homme chosifié. Son langage industrialisé. Son imagination substantivée. A l’image de la machine productrice du désirable, l’homme rabougri à la mesure de la machine désirante. A l’image de la structure mécanique, l’homme mécanisé, structuralisé. Dans la nature dénaturée. A l’image des mécaniques fabricatrices, l’homme fabriqué. A travers une prolifération de sens factice et dans la perversion des signes. A l’image de la puissance totalitaire de l’outil, l’homme totalitarisé. A l’image de la matière, l’homme massifié. A l’image du temps programmé, l’homme dépossédé de son temps pour vivre. A l’image du geste mécanique, l’homme dévalorisé. Les tâches éclatées. Le travail en miettes. A l’image du productivisme galoppant, l’homme aliéné à la lutte pour le pouvoir d’achat et aux béatitudes de la société de consommation... L’homme fonctionnalisé. L’homme technisé, testé, conditionné, manipulé. Publicitairement matraqué. Quantifié, mercantilisé, mercenarisé... A l’image, enfin, de la clôture de l’espace d’intelligibilité, l’homme suprêmement aliéné à sa fausse conscience qui l’empêche d’entrevoir un autre possible.