En parasites...


A l’intérieur de ce super-organisme écosystémique, le système matériel de notre outilité exponentielle – l’outil de notre ‘progrès’ ! – fonctionne en
parasite. Tout vient, en effet, de notre écosystème. Tout ne vient que de lui. L’énergie, les matériaux, le recyclage, l’absorption des déchets... Non seulement il fonctionne en parasite mais encore en parasite prodigue. Son gaspillage étant à la (dé)mesure de son exponentiailté. Ainsi, pour ne prendre qu’un seul exemple, en un peu plus d’un siècle une partie de l’humanité dilapide, en le brûlant bêtement dans ses moteurs ou ses chaudières, une matière très précieuse, le pétrole, que l’écosystème a mis des dizaines de milliers d’années à produire et à stocker. Au fait, combien de pétrole par an aurions-nous le droit d’extraire si nous pensions à nos générations futures ?

L’outil du progrès est coincé physiquement. Mais cette machine fabricatrice d’opulence l’est tout autant
moralement. Déjà il y eut les ‘broyés du système’, exploités et prolétaires. Leur sort, pourtant, ne reste pas structurellement sans remède. Il s’est effectivement amélioré, en Occident notamment. Ici il nous faut envisager une injustice beaucoup plus fondamentale, une injustice d’ordre systémique.

Pour dire d’emblée les choses très crûment, jusqu’à présent le système d’outilité n’a pu fonctionner
exponentiellement que grâce à l’exploitation injuste d’une grande partie des possibilités humaines par les propriétaires du système. L’outilité d’abondance crée pour ses détenteurs de plus en plus de ‘progrès’ au détriment du reste de l’humanité restée historiquement en marge de la maîtrise de cette outilité. Aujourd’hui, paradoxalement au moment où l’exponentialité du système se met à se gripper, de plus en plus d’hommes de notre planète commencent à prendre conscience de cette injustice et à revendiquer leur juste part au progrès de l’abondance.

L’immense déploiement d’euphorie, embrayé sur la croissance exponentielle de l’outil de la bien-portance, ne fonctionne que grâce à un
sinistre feed back dont la fameuse triangulation esclavagiste des débuts industriels est une des premières et honteuses manifestations. Le système d’outilité européen fonctionne alors avec, comme entrée, le coton venu des Amériques. A la sortie, un trop plein de cotonnades s’écoule en Afrique. Celle-ci paye en esclaves qui, déportés aux Amériques, fourniront la main d’oeuvre pour la culture de la matière première. La boucle est bouclée !
Ainsi peut se tenir un discours ‘anti-esclavagiste’ étrangement muet sur les causes de l’esclavagisme sans lequel le ‘progrès’ eut été singulièrement plus modeste ! Mais n’est-il pas admis désormais qu’on peut mentir et qu’il restera toujours quelque chose ?


Impérialiste

Mais déjà le système fabricateur n'est pas lui-même monobloc. Il s'agit d'un ensemble concurrentiel. Avec tout ce que cela implique! Le sens du mot
impérialisme a été trop malmené par les idéologies. On l'a chargé de malveillance. En fait, la réalité qu'il recouvre n'est pas volontariste mais structurelle. L'impérialisme est le fait de tout système dans la mesure où il est `grand' et `ouvert'. A fortiori si ce système est `exponentiel'.

Tout système
ouvert
est nécessairement impérialiste. La cellule vivante ne vit et ne fonctionne qu'en agressant son milieu et, partant, les autres vivants. Plus le système ouvert est grand, plus il est impérialiste. Sans remonter aux dinosaures, combien de vivants, grands et petits, microscopiques surtout, ne sont-ils pas la proie quotidienne d'un chacun d'entre nous? Un système exponentiel sera exponentiellement impérialiste. Mais de tels systèmes n'existent que transitoirement dans la nature. Lorsque la nature engendre un système exponentiel, un pullulement de lapins ou de rats, par exemple, il ne reste jamais exponentiel à l'infini. Une régulation homéostatique, par exemple la croissance concurrentielle de prédateurs, rétablit l'équilibre à plus ou moins brève échéance. Prométhée seul refuse de connaître l'homéostasie! Jamais l'histoire humaine n'a engendré un système ouvert plus exponentiel, et donc plus `impérialiste', que le moderne système de fabrication exponentielle.