Limites 


Nous savons aujourd’hui – et si nous voulons l’ignorer, les faits nous le rappellent cruellement – que les possibilités d’entrée et de sortie du système de nos euphories ne sont pas infinies mais finies. Elles sont inexorablement limitées. Limitées par un système plus englobant qui est lui-même réfractaire à l’exponentialité à savoir l’écosystème.

Le système d’outilité exponentielle ne fonctionne que dans les limites de l’écosystème de ‘notre terre’. Or, en tant qu’exponentiel il est d’une voracité également exponentielle.

Soit l’énergie. C’est sa chute entre une source chaude et un puits froid qui produit du travail et fait tourner la machine. Mais cette chute représente en même temps son irréversible dégradation. La bonne nouvelle, c’est que le soleil constitue une source pratiquement illimitée d’énergie. La mauvaise nouvelle c’est que cette énergie n’est pas immédiatement disponible. Il y a les limites de ses capteurs. Il y a aussi, en ce qui concerne son stockage fossilisé, les limites de ses réserves. Quant à l’énergie nucléaire, théoriquement illimitée, personne ne peut dire encore si sa maîtrise et son exploitation pourront croître, sans effets secondaires catastrophiques, à la mesure de la demande exponentielle.

En ce qui concerne les matériaux exploitables, la limite est obvie. La quantité d’éléments chimiques, en nombre fini, se heurte à la limite de leur disponibilité. Leur recyclage se heurte aux limites des cycles. Reste l’exploitation des richesses d’autres mondes et la satellisation massive des déchets dans la stratosphère... Qui n’en voit les limites ?

Les possibilités d’entrée, de sortie et d’expansion du système d’outilité exponentielle ne sont pas infinies mais finies. Elles rencontrent inexorablement une limite. Celle d’un système plus englobant qui est lui-même réfractaire à l’exponentialité à savoir l’écosystème. Le système d’outilité exponentielle ne fonctionne que dans les limites de l’écosystème de ‘notre terre’. Le possible physique de notre univers ne peut pas contenir une croissance quantitativement accumulative en ‘progrès’ infini. Quelque part il y a une rencontre catastrophique. Lorsque l’exponentielle heurte la limite du possible. Ce n’est que pour un temps seulement que le système fermé peut ainsi se donner l’illusion de tourner quand même. Parce que les élans se prolongent par inertie cinétique. Parce que les réservoirs ne sont pas encore vides. Parce qu’il reste les prophètes et les témoins d’ailleurs. Mais inexorablement joue l’entropie. Mortelle.

Il est sensé fonctionner dans un espace aux possibilités infinies. Comment ne croîtrait-il pas infiniment, ce système exponentiel du possible de l’homme ? Qu’est-ce qui pourrait arrêter son expansion ? Il est impensable qu’une limite quelle qu’elle soit menace un jour de le contenir. Impensable... Donc impossible ?

Illusion typique de l'homme schizoïde qui oublie sa finitude et prend ses limites pour  mesure de tout le possible.