Péché contre l'écosystème du sens


Notre péché contre l'écosystème `matériel' n'est encore que le corollaire de notre péché contre l'autre écosystème, le `spirituel', celui du sens. C'est-à-dire celui du
sens donnant sens.

Sous peine d'inanition spirituelle, il nous faut restaurer la `maison' du sens. Pour cela nous devons commencer par ne pas tricher avec les sources chaudes et les puits froids du souffle de notre verbe.

Le péché le plus grave contre l'écosystème du sens a été de nier son essentielle
ouverture. Nous avons cru pouvoir le faire fonctionner en clôture, comme une simple mécanique, crispé sur lui-même, bouclé en schizoïde autonomie auto productrice. Nous nous voulions maîtres et possesseurs du système total lui-même. Bien plus, maîtres et possesseurs aussi de sa source chaude et de son puits froid. Maîtres et possesseurs donc de toute sa différence de potentiel, c'est-à-dire de toute son énergie spirituelle créatrice.

Une certaine modernité se constitue progressivement en bouclant le règne de l'humain sur lui-même. Le système tout entier veut fonctionner en
clôture
.

Pour la première fois depuis que l'homme existe, un système culturel prétend se fermer en absolue autonomie. C'est en autosuffisance qu'il veut fonctionner et progresser. C'est par auto-création même qu'il veut être. Cela veut dire que, désormais, il croit se faire créateur de l'unique source chaude de toute son énergie spirituelle. Le sens total enfermé en immanence. En totale finitude. Dans le complet oubli de son entropie et de sa nécessaire néguentropie. Dans l'oubli de son `puits froid'. Dans l'oubli, également, de ses accumulateurs non complètement déchargés et sans lesquels ses prétentions elles-mêmes d'autonomie se liquéfieraient dans le néant.

Par quel miracle l'humain bouclé sur lui-même ne succomberait-il pas à son entropie ? Notre modernité vit dans l'illusion d'un tel miracle. Obnubilés par notre possible sans aller jusqu'aux raisons profondes de ce possible nous croyons que l'humain est à lui-même sa propre source chaude. Pourquoi l'homme, fabricateur d'outilité, fabricateur de texture, fabricateur de texte, ne serait-il pas aussi fabricateur de ce qui lui vient d'ailleurs, par grâce ?