Règne prométhéen


Pendant de longs millénaires l’homme est un nomade prédateur. Il chasse. Il pèche. Il cueille fruits et graines.

L’homme vit alors en symbiose avec la nature. Il subit sa domination. Il n’attente à la nature que dans les limites de ses besoins vitaux. Ce n’est que très récemment – sur l’échelle des temps préhistoriques – qu’a lieu un ‘décollage’. Lent d’abord. De plus en plus accéléré ensuite. La révolution néolithique.

L’homme devient de plus en plus agressif à l’égard de son environnement naturel. Il construit son monde dans la distance d’avec la nature. Il ne se contente plus de cueillir ou de chasser. Il force la terre à produire. Il enferme les bêtes. S’enchaînent alors logiquement toute une série de changements. Il faut se fixer. Il faut construire. Il faut se regrouper. Il faut s’organiser. Il faut se spécialiser. Il faut échanger. Il faut se défendre. Il faut inventer des outils nouveaux...

Désormais il y aura comme une accélération qui s’accélère. Durant longtemps l’outil n’était qu’une sorte de prolongement de la main de l’homme. Il va prendre de plus en plus d’autonomie. Activé par l’énergie des éléments naturels d’abord, et par l’énergie motrice artificielle ensuite. De l’outil à l’outil de l’outil. De la machine simple à la machine de plus en plus complexe. La machine se substituant à l’homme tout entier, à ses muscles d’abord, à ses nerfs et à ses réflexes ensuite, à son cerveau enfin. De la machine universelle à la machine spécialisée. De la machine de force à la machine de plus en plus cybernétique. De l’automatisation à l’automation...

Il faut prendre la mesure de ce troisième règne que l’homme a instauré entre lui et la nature et avec lequel il tend à se confondre. Le règne de la croissance de l’artifice. Gigantesque système qui se met en place progressivement. Un système d’articulation. Un système d’outilité. Un système exponentiel
producteur de progrès. Il se déploie de façon accélérée en spires de plus en plus amples dans une spirale grandissante. Exponentielle.

Une
limite à cette expansion croissante du progrès est-elle même pensable ? Embrayée sur la croissance exponentielle de l’outil et portée par son euphorie, l’idéologie du Progrès se prenait pour l’absolu incontournable. Cela a duré trois siècles. Aujourd’hui la limite en fait le tour.