Simple structuration ?
La 'forme' (l'idée, le plan, la grammaire, etc.) était pensée jusque là comme une puissance d'un autre ordre qui imposait son ordre à la 'matière'. Désormais surgit la terrible question: Pourquoi la vie ne se réduirait-elle pas à une 'structure' hautement complexifiée ? La 'matière' étant sensée engendrer par elle-même sa 'forme'... Donnez-moi le hasard et la nécessité. La structure fait le reste !
Le concept de 'structure', devenu un concept cardinal dans l’épistémé moderne, livre toute chose à l’articulation, à la désarticulation et à la réarticulation. Dans la certitude que tout relève d’une vaste combinatoire et peut se construire et se déconstruire, théoriquement et pragmatiquement, intelligiblement et efficacement, dans la stricte extériorité transparente de l’espace et du temps.

A travers la 'psychanalyse' de la 'matière' résiste seule la notion de structure devenue ainsi une notion-clé de l’intelligibilité moderne. Dégagée des projections anthropomorphes, délaissant le plan métaphysique, elle opère le passage de l’ontologique au logique, de l’être à la relation intelligible. Rapport logique, calculable, traduisible en fonction de type mathématique.
Voici de l’eau. Cette ‘matière', je peux la décrire (l’eau est un liquide incolore, inodore...) ou simplement m’en servir (pour me laver, pour boire...) ou en évoquer poétiquement la richesse symbolique (les eaux fécondantes...) ou encore tenter de l’expliquer en remontant à des parties de plus en plus petites (composée de gouttelettes d’eau, de particules d’eau...). Ce faisant je ne quitte pas la tautologique assertion que l’eau c’est l’eau... simplement affectée de qualités qui explicitent sa richesse pour moi. Je l’évoque dans sa complexité. En même temps son ‘être’ devient pour moi de plus en plus mystérieux. Cependant que se cache et se dévoile son insondable essence.
Voici H-O-H. C’est la même eau. Mais pour ainsi dire dans sa nudité. Simple formule. L’eau devenue intelligible. Non plus 'essence' mais pure structure. Simple rapport logique qui traduit la structure moléculaire de l’eau et qui me livre en même temps sa loi de construction. H et O ne sont pas d’abord de l’hydrogène et de l’oxygène au sens où ils renverraient à des ‘composants’ essences ou substances. Ce sont d’abord des symboles comme d’autres symboles de type mathématique. Sans doute ces symboles ne sont-ils pas de pures abstractions et se réfèrent-ils effectivement à ‘quelque chose’ qui se trouve dans la nature où hydrogène et oxygène peuvent se rencontrer concrètement comme deux corps. Mais ce ‘quelque chose’ transcende la ‘chose’ pour se chercher lui-même, au-delà de lui-même, dans de nouvelles formules, dans de nouvelles structures
