La parole est-elle prisonnière du ‘langage’ ?
Devenue structuraliste objet de science, la réalité linguistique ne peut pas ne pas se constituer méthodologiquement en autonomie. Au constat ‘l’homme parle’ se substitue vite l’axiome ‘il y a du langage’. Ce glissement, apparemment inoffensif, attente cependant à l’homme s’il se déplace de la méthodologie scientifique vers la philosophie. Et ce glissement n’a pas tardé à se produire. La parole ramenée et réduite au langage. Le langage ramené et réduit à la structure. L’autre enfin radicalement ramené et réduit au même !
Curieux flirt avec le néant ! Signe d’un temps où l’homme ne peut plus survivre après avoir rompu les liens ontologiques, après avoir perdu le signifié et proclamé le déclin des absolus, du sens et de la valeur. Signe d’un temps où l’homme ne peut pas ne pas mourir après avoir fait mourir Dieu... Il reste le signifiant. Nu. Insensé. Tournant à vide dans la finitude. Lorsqu’on démissionne de l’homme, lorsqu’on perd le sens de l’homme, on est prêt à se prostituer aux résidus idéologiques d’une simple méthode. Ici la perte de foi en l’homme se trouve l’alibi ’en béton’ de la neutralité structurale. Lorsque le souffle manque, on fait avec ce qu’on peut. Seulement, ici, il s’agit de faire ou de défaire l’homme lui-même. Et le pouvoir refuse d’être autre que celui de la méthode. Lorsque la possibilité de l’homme sur l’homme ne dépasse plus celle de l’outil, la méthodologie se prend pour un absolu et se boucle sur elle-même, idéologie. Il y a extension de ce qui est valable à un niveau du phénomène à l’ensemble du réel. La réduction méthodologique, scientifique, s’absolutise en réduction idéologique. L’homme n’est que... Paradoxalement cette clôture noue en projet un tel antiprojet !

L’éros animal tend toujours vers un ’quelque chose’ de déjà donné. L’éros humain peut tendre vers là où il n’y a encore rien. Comme si l’essentiel du monde était dans les interstices du monde. Comme si l’essentiel des choses était entre les choses. Comme si l’essentiel du texte se lisait entre les lignes. Un monde articulable, désarticulable et réarticulable à l’infini selon des significations infiniment nouvelles devient disponible à l’infini. En ce qu’il est et ce qu’il peut être. Dans sa matérialité immédiate et dans l’ouverture de cette matérialité comme symbole et comme signe.