Dialectique
Dia-logos. Le logos dans sa traversée. La différence à affronter et l’unité à conquérir. Le logos non plus dans sa sphérique plénitude d’harmonie, mais dans l’aventure d’une indéfinie marche en avant. La différence à affronter et l’unité à conquérir. A travers incertitude et risque.
La ‘dialectique’ au sens moderne du mot est le mouvement global qui dans un champ dynamique instaure la différence pour la dépasser. Cela signifie la conquête du positif à travers le négatif. D’un plein, quel qu’il soit, clos dans sa plénitude, jamais rien d’autre ne peut surgir. La nouveauté n’est possible qu’à travers une béance au cœur de ce plein. Un même affirmé et posé absolument comme soi-’même’, reste nécessairement clos sur lui-même. A partir de ce même, clos sur lui-même, jamais rien d’autre ne peut être. Pour qu’il puisse y avoir autre chose que le ’même’, il faut que le même se nie en tant que ’même’ et s’affirme en s’opposant comme autre. Mais une négation qui s’affirme ne peut pas ne pas être affirmation. Une opposition qui se pose ne peut pas ne pas être position. L’autre risque sans cesse de se reprend comme un même, et de se clore sur lui-même. A moins de laisser ouverte l’infinie altérité de l’autre-autre...
Etonnante ‘dialectique’ déjà ! Avant même que le mot, en son sens moderne, n’ait encore droit de cité dans l’espace mental occidental, la réalité est là, vigoureuse, encore libre de toute prison idéologique. Pas encore constituée en mode de pensée et d’explication, mais déjà constituante d’une extraordinaire dynamique de l’être.
La quatrième dimension. Une dialectique à deux moments perpétue un mouvement pendulaire. Une dialectique à trois moments tend vers le bouclage de la boucle. Seule une dialectique à quatre moments procède dans l’ouvert du dépassement infini. D’où l’importance décisive de ce quatrième moment du trans qui seul ouvre l’histoire à l’infini. Par lui seulement la dialectique est véritablement dialectique, c’est-à-dire plus qu’un mécanisme simplement rationnel.
Scandale que cette quatrième dimension et grandeur pourtant ! Par elle la raison est crucifiée et provoquée au douloureux dépassement d’elle-même. En même temps elle confère l’immortalité à ce qui sans elle est voué à la mort. Paradoxe du trans. Il est simultanément extrême labilité et extrême puissance. A la réalité humaine qu’il affecte, il confère en même temps une singulière faiblesse et une extraordinaire capacité de survie malgré toutes les vicissitudes de l’histoire. L’histoire d’Israël, depuis quatre mille ans, est là pour témoigner.
Clé de l'ouvert infini. Qui, aujourd’hui, peut la comprendre encore dans la plénitude de ses dimensions ontologiques, alors que depuis plus de deux siècles nous l’avons ramenée à la raison de nos logiques en finitude, de nos herméneutiques qui tournent en rond et de nos clôtures schizoïdes ? Elle était la clé de l’ouvert infini. Nous en avons fait un facile passe-partout verbal pour des serrures de pacotille.
Sa force originaire, profonde, n’est pas d’abord dans l’instrumentalité logique d’un processus explicatif mais dans une irréductible réalité historiquement expérimentée et vécue, fondatrice de nouvelle humanité: la Pâque biblique.
Elle traverse un monde qui résiste à l’ailleurs. Elle affronte les choses qui refusent de devenir autres que ce qu’elles sont. Elle est folle et fougueuse aventure ‘hors de’. Irréductible négation des enfermements. Ex-plosion de toute schizoïdie. Ouverture. Infinie Pâque de l’homme. Infinie Pâque de l’être.