Divines ténèbres
L’esprit s’élance vers les ténèbres de l’inconnu divin, là où Dieu est au-dessus de tout ce qu’on peut lui attribuer, sans nom, sans forme, sans représentation, au-dessus de tous les modes d’êtres limités, au-dessus de toutes les essences. Voilà, mes enfants, ce que sont les conversions véritables. (Tauler, Sermon pour le dix-neuvième dimanche après la Trinité).
Il y a ici un désert, simple, transcendant, mystérieux; une entrée libre dans l’obscurité. Cela ne se découvre point par les chemins de la sensibilité. (Tauler, Sermon pour le deuxième dimanche après la Trinité).
Ineffable ténèbre et désert sauvage
On l’appelle, et elle l’est vraiment, ineffable ténèbre et pourtant elle est essentielle lumière. On l’appelle aussi indicible désert sauvage où personne ne trouve ni chemin ni rien de déterminé car c’est au-dessus de tout mode. Voici comment il faut entendre ces ténèbres. C’est une lumière qu’aucune intelligence créée ne peut naturellement atteindre ni comprendre. Et c’est aussi un lieu sauvage parce qu’il n’y a aucune voie d’accès. L’esprit est introduit ici au-dessus de lui-même, au-dessus de ses facultés de perception et d’intelligence. (Tauler, Sermon pour le lundi avant les Rameaux).
Ils se sont précipités dans les ténèbres de la divine solitude
Ils ont reflué dans leur origine pour fusionner avec lui, au milieu du calme silence intérieur de toutes leurs facultés. Ils se sont précipités dans les ténèbres de la divine solitude qui est au-delà de toute intelligence. Ce faisant, ils s’élancent si haut que dans leur union avec Dieu ils perdent toute conscience distincte, se perdent eux-mêmes et perdent toutes choses, et n’ont plus conscience de rien que de Dieu, ce Dieu simple et sans mélange en qui ils sont plongés. Tant qu’ils sont en cet état, tout va bien pour eux et ils ne s’égarent pas. Mais quand ils reviennent à leur raison, celle ci est incapable de saisir ce qui vient de se passer. Elle ne le comprend pas parce que cela la dépasse tout à fait. Cela est au-delà de ses possibilités. (Tauler, Sermon III pour la fête de sainte Cordule).
Dans ces ténèbres Dieu te parle en vérité
En ce rassemblement de toutes les vertus naît l’embrasement d’un incendie d’amour. Vient alors un brouillard, une obscurité. C’est là que ton esprit, peut-être pendant le temps d’un demi ‘Ave Maria’, est comme ravi, de telle sorte que le sentiment et la raison naturelle te sont enlevés. Dans ces ténèbres Dieu te parle en vérité, ainsi qu’il est écrit: "Quand toutes choses étaient en plein silence et que la nuit, les ténèbres, eurent accompli leur course, alors le Verbe fut envoyé d’en haut du trône royal." C’est ici qu’est prononcée une parole mystérieuse. Et ceux qui ont des oreilles saisissent le souffle de son murmure. (Tauler, Sermon I pour la Nativité de saint Jean Baptiste).